Le crime du siècle

Ce matin, comme à chaque matin, je me rends au boulot à vélo. Le temps est un brin frisquet, soit juste parfait pour moi. Je sifflote les dernières notes gothiques entendues la veille et je pédale à fond de train. Comme à chaque matin, j’arrête à tous les stops, à toutes les lumières. Je prends un léger détour en faveur de la loi pour ne pas rouler à contresens puis j’arrive à la piste cyclable. La lumière est rouge, un cycliste attend à côté d’une voiture. Après m’être assuré que personne ne vient par la gauche, je me faufile entre la voiture et le cycliste, je tourne à droite sur la piste et je repars de plus belle.

La lumière passe du rouge au gris, le soleil tombe devant moi et le ciel devient noir. Il n’y a plus de vent, plus de sifflotement, plus de son et il fait très chaud. Le temps s’arrête et l’espace se fige. J’entends une voix, un cri qui, de toute évidence, m’est destiné: « EHHHHHHHH BEN! ». Je regarde derrière moi, le diable se tient sur un vélo gris qui date probablement de la deuxième guerre mondiale. Il y a une voiture en feu à sa gauche et des cadavres calcinés à l’intérieur. Il brandit un livre des lois en me pointant du doigt et il se met à rire, il se met à rire tellement fort que cela me comble de haine.

« Que me veux-tu connard? » Lui dis-je.

Une rafale de vent frappe alors mon visage, le ciel redevient bleu, le feu de circulation passe au vert, la voiture traverse le chemin et le cycliste déconfit baisse les yeux.

3 Responses to “Le crime du siècle”

  1. Eh bien, en voilà des manières ;)

  2. Monsieur Fontaine, quel plaisir de vous retrouver en ces lieux grisâtres! :D

  3. Tout le plaisir est désormais pour moi, Monsieur Mercier :)

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